01.09.2023
DARK MODE

2. Les réponses de chaque discipline

Comme nous l’avons vu précédemment, les foules intéressent plusieurs disciplines de recherche. Chacune y trouve un aspect qui l’intrigue, et qu’elle peut explorer grâce aux méthodes et outils dont elle dispose. Ensemble, ces disciplines et leurs études, résultats et conclusions nous permettent d’avoir une compréhension globale des foules. Nous allons vous en présenter certaines pour vous faire découvrir plus concrètement ce champ de recherche.

Déplacements piétons

Les foules se composent d’individus présents au même endroit au même moment. La foule est donc une situation où des individus partagent un même espace avec des inconnu.e.s qui leur ressemblent plus ou moins. Pour Templeton et al. (2019), il était intéressant d’étudier la manière dont ces inconnu.e.s occupent cet espace commun, et plus précisément leurs déplacements et le rôle des autres personnes présentes et des liens qui existent entre elles. Templeton et ses collègues ont donc filmé des piétons pour analyser leurs comportements grâce à des logiciels informatiques. Les résultats montrent que les foules dans lesquelles les individus se sentent plus proches psychologiquement des autres sont plus coordonnées dans leurs déplacements, maintiennent une proximité physique plus proche, et restent en groupe plutôt qu’en sous-groupes.

Simulations de foules sur ordinateur : le cas de la Love Parade

Grâce à d’autres logiciels informatiques, il est également possible de modéliser les comportements des foules pour faire de nouvelles simulations et observer les résultats de ce qui aurait pu se passer si certains facteurs de la situation avaient été différents. En Allemagne et en Suisse, des équipes de recherche en informatique et en physique se sont ainsi intéressées aux stratégies de gestion des foules qui auraient pu permettre d’éviter le désastre lors d’un festival de musique qui a eu lieu en Allemagne en 2010 – la Love Parade (Zhao et al., 2020). Lors de ce festival, une mauvaise gestion d’une très forte densité de personnes a entraîné des bousculades et suffocations qui ont fait 21 morts et 652 blessés. Les chercheurs ont cherché à comprendre comment ce désastre aurait pu être évité. Pour cela, ils ont utilisé des images, vidéos et articles décrivant cet évènement, afin de le modéliser sur ordinateur et simuler différentes stratégies de gestion de la foule, avec l’objectif d’identifier les moyens qui auraient permis d’éviter ce désastre.

Ces simulations ont permis de conclure que s’il y avait eu une sortie supplémentaire, et si les cordons policiers avaient été enlevés, le désastre aurait pu être évité.

Foules en réalité virtuelle

D’autres recherches, notamment en psychologie, utilisent la réalité virtuelle pour étudier les foules –  qu’il s’agisse des dynamiques des mouvements ou des comportements des individus – dans des environnements immersifs permettant de simuler des situations de danger collectif. Des études reposant sur la réalité virtuelle ont montré qu’elles permettaient effectivement de retrouver les résultats des études utilisant d’autres méthodes, par exemple des enregistrements vidéos de déplacements piétons (Moussaïd et al., 2016). La réalité virtuelle est donc une méthode prometteuse pour étudier les foules en situation de danger.

Une série de trois études (Drury et al., 2009) ont été par ailleurs menées dans un environnement de réalité virtuelle pour observer les comportements respectifs de coopération et de compétition, des individus en situation de danger collectif. L’environnement virtuel consistait en une situation d’évacuation dans laquelle les personnes devaient s’échapper d’une station de métro sous-terraine qui prenait feu. Les chercheurs et chercheuses ont compté le nombre de fois où les personnes ont été aidées par d’autres, où elles ont été poussées par d’autres, et le temps d’hésitation avant d’aider une victime. Les résultats montrent que les individus sont davantage aidés et moins poussés par les autres lorsqu’ils sentent qu’ils sont liés aux autres personnes présentes. Cette notion de lien aux autres, et plus globalement de ce qu’on appelle une « identité sociale partagée » sera expliquée et explorée davantage dans les articles suivants.

Conclusion

Ainsi, les différentes disciplines permettent d’obtenir des données complémentaires sur les foules, qui servent ensuite à mieux les comprendre, mieux les gérer, et réussir à éviter des désastres qui pourraient se produire au sein de celles-ci. Mais il reste encore un grand écart entre les connaissances que nous apporte la science sur les foules, et les discours populaires sur celles-ci. Les prochains articles porteront sur ces représentations populaires des foules.

 

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